Bloc-notes Quelles priorités pour les équipes intercommunales en place depuis les élections de mars 2008 ?
A la demande de Jean Laversanne, Président de l’Association des Directeurs Généraux des Communautés de France, Jean-Michel Rivalland a présenté le 23 janvier 2008 ses réflexions sur les modalités visant à « accueillir, informer, former les nouveaux délégués communautaires : quel rôle, quel management pour les directions ? ». Au-delà de cette interrogation générique, il s’agit de proposer aux directions des EPCI une démarche et une méthode leur permettant de mobiliser les nouvelles équipes communautaires installées suite aux élections municipales de mars 2008.
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Les dirigeants territoriaux sont aujourd’hui plus que jamais placés face à un double défi :
  • D’une part, il s’agit pour eux de maintenir, voire de relancer, la mobilisation de leurs équipes de cadres et d’agents territoriaux pour une nouvelle période de 6 ans,
  • D’autre part, il convient de convaincre les élus communautaires de s’engager dans une dynamique porteuse d’un nouveau développement territorial.

Le double défi est donc de parvenir, dans un même mouvement, à fédérer une équipe politique et à activer les services territoriaux.

Le dirigeant territorial est contraint, pour cela, de créer les conditions favorables à l’émergence d’un Projet communautaire partagé et porteur de sens pour l’ensemble des acteurs, les élus comme les services. De plus, à l’aube d’un nouveau mandat, il est important pour le dirigeant territorial de voir sa légitimité réaffirmée. Pour cela, 4 mots clés :
  1. Fédérer
  2. Adapter
  3. Ajuster
  4. Partager.

Eugène Enriquez (dans son ouvrage paru en 2007 : Clinique du pouvoir) expose clairement que « le pouvoir d’un individu tire sa légitimité de :
  • Sa capacité à proposer des objectifs au groupe (il s’agit de fédérer autour d’objectifs communs)
  • Sa faculté d’adaptation aux besoins variables de son groupe (il peut s’avérer nécessaire d’adapter les objectifs initiaux aux caractéristiques du groupe, en fonction de ses caractéristiques)
  • Son influence sur la vitesse de progression de son équipe (le principe de réalisme implique d’ajuster le rythme du changement envisagé aux capacités réelles des acteurs)
  • L’authenticité de ses communications facilitant une cohésion raisonnée entre les membres de son organisation (il s’agit bien de partager et de faire partager) ».

Le dirigeant territorial ne peut donc prendre appui sur son seul statut de dirigeant pour impulser une nouvelle dynamique. Il lui appartient de faire adhérer les services et les élus à un nouveau projet partagé pour le territoire communautaire. Projet qui doit être fédérateur pour les Elus et mobilisateur pour les services.


La solidité d’un projet communautaire tient à sa capacité à présenter et à faire vivre les trois dimensions fondatrices d’un projet :

  1. la dimension institutionnelle : elle exprime les finalités du Projet de territoire ; elle est ce qui va donner sens aux différentes actions mises en œuvre dans le cadre de la mandature. Sa définition relève de la responsabilité politique
  2. la dimension organisationnelle : elle s’appuie sur les moyens mobilisables au service du projet et reflète les stratégies d’acteurs à l’œuvre au sein de la collectivité ; afin d’assurer la cohérence du projet, ces moyens doivent être à la hauteur des ambitions affichées. Elle résulte le plus souvent des rapports de force en vigueur en son sein. De ce fait, elle relève de la responsabilité partagée des Elus et de la Direction de la collectivité
  3. la dimension relationnelle : elle exprime les interactions entre les différents acteurs de l’EPCI (entre Elus et services, mais aussi au sein des services) et met en jeu la dynamique sociale interne à la communauté. Elle relève pleinement du ressort de l’encadrement de la collectivité.

Le Projet communautaire constitue un levier privilégié pour répondre à la double exigence posée à tout territoire et aux acteurs encharge de son développement. Il est l’outil qui permet de « faire se rejoindre la puissance de se changer et l’exigence de se gouverner » pour reprendre la formule de Marcel Gauchet (in L’avènement de la démocratie - 2007).

Le projet communautaire permet de disposer d’une vision à long terme ; il se construit en fonction de la mobilisation des acteurs locaux du territoire, chacun devant être reconnu dans la diversité de ses compétences propres. C’est ce que rappelait Francis Morin, à Stains, pour lequel « les pouvoirs territoriaux ne peuvent parler de projets de territoires que s’ils créent les conditions d’une implication des habitants sur toutes les dimensions de l’activité économique ».

Ce projet communautaire, c’est ce qui va guider les politiques publiques locales pendant les 6 ans du mandat. Il garantit un minimum de cohésion sur les grandes orientations et les priorités. Son élaboration passe par 4 étapes :

  1. Engager une démarche mobilisant les Élus et débouchant sur un « diagnostic partagé »
  2. Faire de ce « diagnostic partagé » la base du Projet Communautaire (ou Projet de Territoire) pour la nouvelle mandature, ce qui peut notamment passer par une actualisation de la définition de l’Intérêt Communautaire
  3. Communiquer les résultats du diagnostic partagé (Conseil de développement, Instances d’animation du Pays, Groupes de travail,…) pour mobiliser les acteurs locaux et faire émerger les bases de ce Projet Communautaire.
  4. Constituer les groupes de travail « mixtes » qui vont élaborer le Projet Communautaire dont la validation relève de l’Assemblée communautaire.

Ce travail de conception de projet doit être accompagné d’une véritable démarche managériale. Celle-ci se traduit par une politique de gestion des ressources humaines (formation), un pilotage adapté (existence d’un système d’information performant), une communication interne et externe, et prévoir l’évaluation des politiques publiques programmées dans le projet.


Pour terminer, rappelons pour mémoire quelques uns des facteurs de réussite d’un projet communautaire :
  • La reconnaissance effective de chaque acteur,
  • La présence d’acteurs clés,
  • L’existence d’un leader identifié et reconnu
  • Une prise de conscience collective
  • Une volonté partagée d’aboutir
  • Une cohésion Elus / services
  • Une communication régulière.
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